
Au-delà des organigrammes et des BPMN : comment l'actigramme révèle les vrais dysfonctionnements organisationnels en analysant les boucles de décision et de régulation.
On peut avoir une cartographie SI impeccable, des BPMN propres, des UML soignés, un organigramme clair, des processus certifiés, et rester incapable d’expliquer formellement ce que l’on observe sur le terrain : des délais qui explosent, des décisions contradictoires, des urgences permanentes, une surcharge chronique, etc.
Le problème n’est pas l’absence de modèles, mais ce que ces modèles montrent, et surtout ce qu’ils ne montrent pas. Les modèles classiques sont des radiographies statiques : ils décrivent des rôles (organigrammes), des tâches (processus, cartographie des SI), des enchaînements… le “comment”. Mais ils disent peu de la dynamique réelle (le “pourquoi”) : qui arbitre, à partir de quels signaux, selon quelles règles, avec quelles tolérances ; et comment l’organisation apprend, ou n’apprend pas, quand la réalité s’écarte du plan.
Or, une radiographie montre les structures, une tomographie montre le fonctionnement interne.
Dans une organisation, le vrai sujet n’est pas seulement de décrire des tâches ou des fonctions. C’est d’expliquer comment, mais surtout pourquoi, le système se régule quand il subit une perturbation : une urgence client, une indisponibilité critique, une contradiction d’objectifs, une rupture de stock, une exigence règlementaire, un incident SI, une pression de fin de mois, une offensive concurrente...
C’est ici qu’une lecture systémique devient décisive. Il faut être capable d’analyser à différents niveaux de subsidiarité : zoomer pour comprendre les gestes, les handoffs, les validations, les travaux de reprise ; et dézoomer pour voir les boucles de décision, les objectifs en tension, les niveaux d’arbitrage, et les endroits où l’information se dégrade en circulant.
La cybernétique a mis en exergue un principe simple : un système se pilote par boucles de retour. Un “contrôleur” compare ce qui se passe à ce qui devrait se passer, puis ajuste le comportement du système à partir du feedback. Les entreprises font déjà cela, souvent sans le formaliser, via des logiques de type Plan-Do-Study-Act, ou via des boucles d’escalade quand un seuil est dépassé.
Le point clé, c’est que ces boucles sont imbriquées, et pas dans le même espace temps. Plus on monte en abstraction (stratégie, portefeuille, planification), plus les cycles sont lents. Plus on descend vers l’exécution, plus les cycles sont rapides. Et quand ces boucles ne sont pas cohérentes entre elles, on observe exactement les symptômes que tout le monde connaît : surpilotage, inertie, décisions en double commande, arbitrages “dans le couloir”, contournements permanents, épuisement des ressources rares.
C’est aussi la raison pour laquelle l’IA “révèle” souvent la fragilité des organisations : elle accélère des flux, mais si les boucles de régulation sont mal conçues (objectifs flous, signaux incomplets, responsabilités diluées), on va plus vite… dans la mauvaise direction.
Tandis qu’une lecture systémique classique constate qu’il existe des boucles, l’ADSC (Analyse décisionnelle des systèmes complexes, conçue par J. Bucki) que nous utilisons chez Spentia force à les rattacher à une architecture formelle et exploitable : des activités finalisées vues comme des centres de décision, chacune à l’intersection de deux boucles de régulation.
Concrètement, l’organigramme et le BPMN disent qui fait quoi et dans quel ordre. L’actigramme ADSC (similaire à la tomographie, du point de vue de l’analyse) dit qui tient le volant (humain ou automate), pourquoi et quand il tourne, selon quels signaux, avec quels seuils, et à quel niveau on arbitre quand deux objectifs se contredisent.
C’est cette approche “fractale” de lecture qui rend explicables les frictions du quotidien : surpilotage, pilotage à l’aveugle, conflits d’objectifs, boucles d’évaluation débranchées, et surtout inversions hiérarchiques (lorsqu’une activité “fille” pilote de fait sa “mère”, parce qu’elle détient l’information, la contrainte, ou la ressource critique).
Chez Spentia, l’actigramme est notre représentation centrale : une cartographie hiérarchisée d’activités finalisées, modélisées comme des centres de décision (humains, machines, ou hybrides).
Chaque activité est décrite avec, au minimum :
Cette approche formelle est plus adaptée pour diagnostiquer et transformer parce que la plupart des dysfonctionnements réels ne sont pas des problèmes de “process”, mais des problèmes de régulation ; typiquement :
Ces phénomènes sont difficiles à rendre visibles dans un BPMN ou une cartographie SI. Ils deviennent lisibles dans un actigramme, parce qu’on observe l’organisation par ses boucles de décision, via des zoom-ins et zoom-outs.
Prenons un cas banal : une commande “prioritaire” promise par le commerce. Sur le papier, le processus est clair. Sur le terrain, ça déraille...
La commande est ressaisie, le stock “théorique” ne correspond pas au stock réel, la validation finance arrive tard, la logistique découvre une contrainte transport, la production est déjà saturée, et tout le monde passe en mode urgence.
Ce n’est pas “un process mal suivi”... C’est une architecture de décision incohérente :
L’actigramme n’est pas un “dessin” de plus, c’est une manière différente de voir l’organisation : non plus comme un empilement de rôles et de tâches, mais comme un “système vivant” de décisions et de régulations. Et c’est souvent le pré requis manquant pour réussir :
• PDSA (Plan-Do-Study-Act), Deming Institute. (The W. Edwards Deming Institute)
• PDCA et approche processus, ISO 9001:2015 (document ISO sur l’approche processus). (ISO)
• Cybernétique et boucles de rétroaction, MIT Press (Norbert Wiener, Cybernetics). (MIT Press Direct)
• Apprentissage en double boucle (double-loop learning), Chris Argyris (HBR, 1991, version PDF). (6:30 Partners).
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