Un tiers du temps commercial passé à vendre : et le reste ?

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Vos commerciaux n'ont jamais eu autant d'outils. Selon les enquêtes des éditeurs qui les vendent, ils passent à peine un tiers de leur temps à vendre. Ce chiffre dit peu de chose : il ne distingue pas le métier de la réparation. Deux voix s'affrontent sur ce que contient le temps hors client, avec une expérience de terrain où le même outil d'IA produit deux résultats opposés selon les décisions de la direction. Les trois premières minutes donnent l'essentiel et trois actions.

Dans cet épisode

Pourquoi une force de vente bien équipée passe-t-elle si peu de temps face au client, et faut-il s'en inquiéter ? Le chiffre du tiers vient d'enquêtes d'éditeurs d'outils de vente qui comptent la prospection comme de la vente et la préparation d'une offre comme du temps hors vente ; il ne mesure ni le temps perdu ni les erreurs réparées. En France, près d'un projet de recrutement de technico-commercial sur deux est jugé difficile avant même d'être lancé : chaque heure de commercial en poste coûte plus cher à remplacer qu'à retrouver.

Une voix soutient que le temps est absorbé par le système et par les outils eux-mêmes ; l'autre, que le pourcentage de temps à vendre ne juge rien et que le service, la préparation, la coordination sont la vente dans les métiers techniques. La recherche en gestion lui donne raison sur un point : la valeur du service dépend du poste, il n'existe pas de proportion universelle. Trois diagnostics récents, dans trois organisations, montrent ce que le temps hors client contient aussi : des factures fausses, des livraisons erronées, des avoirs négociés, des alertes internes ignorées jusqu'à la réclamation du client. Les deux voix se rejoignent sur une distinction : une réparation peut être utile après coup, et sa cause évitable. Rien, dans un tableau de bord, ne sépare les deux.

Le guide de l’audit commercial explique comment examiner ces écarts sur toute la chaîne.

Avant l'intelligence artificielle, une expérience de terrain publiée dans Management Science : le même outil d'IA de vente, déployé pendant cinq ans et demi dans un groupe pharmaceutique avec un groupe témoin. Quand le contexte de travail (procédure, autorité de décision, formation, incitations) n'était pas adapté aux vendeurs, environ un rendez-vous sur cinq de moins, et moins de ventes ; quand il l'était, plus de 40 % de rendez-vous en plus. Le contexte qui a dégradé les résultats était celui que la direction avait recommandé. Les vendeurs jugeaient l'outil excellent dans les deux cas.

Cinq décisions de management précèdent l'achat d'un outil : un standard de transfert des leads, un circuit court de validation des offres, un responsable unique par compte avec priorité sur les alertes internes, un contrôle de la facture avant émission, et l'écoute de ceux qui font le travail pour mesurer ce que le système n'enregistre pas.

Pour préciser ce standard, consultez le guide de la qualification des leads.

Pour aller plus loin

Sources : Sebastian Krakowski, Darek Haftor, Johannes Luger, Natallia Pashkevich, Sebastian Raisch, « Human-Centered Artificial Intelligence: A Field Experiment », Management Science, vol. 72, n° 1, 2026 — https://doi.org/10.1287/mnsc.2022.03849 · Mohamed Sobhy Temerak, Milena Micevski, Selma Kadić-Maglajlić, Zoran Latinovic, « Nuances of Sales–Service Ambidexterity across Varied Sales Job Types », British Journal of Management, vol. 35, 2024 — https://doi.org/10.1111/1467-8551.12807 · France Travail, enquête Besoins en main-d'œuvre, projets de recrutement de technico-commerciaux et d'attachés commerciaux (URL à reprendre du dossier documentaire, lignes D-52 et D-53) · Salesforce, State of Sales, 6e édition, 2024 — https://assets.ctfassets.net/f43wltp2j5se/2gHMpCURXzpMW7PJ3SlWZJ/3cad8d7e8496abbd3c0f99d5c7f16ef4/salesforce-state-of-sales-report-6-ed.pdf · XANT (InsideSales), Time Management for Sales, 2019 — https://resources.insidesales.com/wp-content/uploads/2019/11/TimeMgmtforSales.pdf · Andris Zoltners, Prabhakant Sinha, Sally Lorimer et al., « Practical insights for sales force digitalization success », Journal of Personal Selling & Sales Management, 2021 — https://doi.org/10.1080/08853134.2021.1908144

Transcription de l’épisode

Bienvenue dans ce nouvel épisode des Signaux du changement.
Avant le dialogue, voici l’essentiel en trois minutes.
Vos commerciaux ont plus d’outils que jamais. Et pourtant, selon les enquêtes des éditeurs qui vendent ces outils, ils passent à peine un tiers de leur temps à vendre.
Ce chiffre dit peu de chose. Il compte la prospection comme de la vente. Il compte la préparation d’une offre comme du temps perdu. Ce qu’il ne dit pas, c’est ce que le reste du temps contient.
Une partie, c’est le métier. Préparer, coordonner, servir le client. Une autre partie, c’est réparer. Une facture fausse. Une livraison ratée. Un avoir à négocier. Dans trois entreprises regardées de près, cette réparation prenait plusieurs heures par semaine à chaque chargé de comptes. Le client ne s’en plaint pas : le commercial a réparé. L’indicateur est vert. La cause est toujours là.
En France, près d’un projet de recrutement de technico-commercial sur deux est jugé difficile avant même d’être lancé. Un commercial coûte cher à remplacer. Il coûte moins cher à libérer.
L’intelligence artificielle ne fait pas ce travail à votre place. Des chercheurs l’ont mesuré dans un groupe pharmaceutique. Ils ont déployé le même outil d’IA de vente dans plusieurs équipes, avec un groupe témoin. Dans les équipes où la direction avait imposé un cadre de travail inadapté aux vendeurs, les vendeurs ont perdu un rendez-vous sur cinq, et ils ont moins vendu. Dans les équipes où la direction avait adapté le cadre à chaque vendeur, les vendeurs ont fait quarante pour cent de rendez-vous en plus. Même outil. Quatre décisions de management ont fait la différence : la procédure, l’autorité de décision, la formation, les incitations. Et la direction avait choisi le mauvais cadre en pensant choisir le bon.
Trois actions.
Un. Demandez à vos commerciaux ce qu’ils ont réparé cette semaine, et ce qui a causé la panne. Pas ce qu’ils ont vendu. Ce qu’ils ont réparé.
Deux. Triez ce temps en deux parts. Le temps qui sert le client, vous le gardez. Le temps qui répare une erreur évitable, vous le comptez comme un coût, et vous traitez la cause.
Trois. Avant d’acheter une intelligence artificielle commerciale, choisissez le flux sur lequel vous la branchez. Et vérifiez que quelqu’un a regardé ce flux de près.
Le dialogue qui suit reprend ces points, avec les études, les cas d’entreprise et les objections. Bonne écoute.

— Imaginez un profil technico-commercial, quelqu'un de très qualifié, une personne recrutée spécifiquement pour, disons, négocier des contrats très complexes.

— Oui.

— Que fait cette personne un mardi après-midi vers 15 heures ? Est-ce qu'elle est face à un prospect ? Eh bien non. Elle passe de longues minutes au téléphone avec la comptabilité pour faire corriger une faute de frappe sur une facture. Puis elle doit écrire un email d'excuse au client.

— C'est du classique, malheureusement.

— Pourquoi une force de vente bien équipée passe-t-elle si peu de temps face au client ? Et surtout, faut-il s'en inquiéter ? C'est la question précise qui ouvre notre exploration d'aujourd'hui.

— Tout à fait.

— On va croiser plusieurs sources : des recherches en gestion, des données de la statistique publique française, et puis trois diagnostics récents menés directement sur le terrain.

— Et le débat est très ouvert sur ce sujet.

— Ah, ça oui. Je mets d'ailleurs ma position sur la table d'entrée de jeu. Je soutiens que ce temps qui manque face au client, il est absorbé par le système et par les outils eux-mêmes.

— Et c'est là qu'on va avoir une vraie discussion. Parce que je me situe exactement à l'opposé.

— Ah bon ?

— Oui. Pour moi, s'alarmer sur le pourcentage de temps passé à vendre, ça ne juge rien. Dans la réalité, ce temps dit hors vente, c'est très souvent la vente elle-même.

— D'accord. On a nos positions. Regardons la première marche de notre analyse, à savoir le fait et sa mesure. Le chiffre qu'on entend partout, c'est qu'une force de vente passe à peine un tiers de son temps à vendre. Un tiers.

— Oui, un tiers. Mais il faut regarder le périmètre de ces enquêtes. Ce chiffre vient souvent d'éditeurs d'outils de vente qui interrogent des milliers de commerciaux.

— Oui.

— Et quand on reformule ce qu'ils mesurent, on voit qu'ils comptent la prospection comme de la vente, mais la préparation d'une offre commerciale est classée comme du temps hors vente.

— Ce qui est très discutable. Surtout qu'une édition plus récente de la même enquête affiche 40 %. Et ça, sans aucune explication sur ce saut soudain de la donnée.

— Exactement. Ce chiffre ne mesure pas le temps perdu ou les erreurs réparées. Si on veut une vraie mesure de l'enjeu, il y a un deuxième chiffre très ancré dans le réel. Celui du marché de l'emploi en France.

— L'enquête sur les besoins en main-d'œuvre.

— Voilà. Près d'un projet de recrutement sur deux pour les technico-commerciaux est jugé difficile.

— Près d'une moitié.

— Et le périmètre est parlant, puisque ce sont des intentions déclarées avant même le lancement de la recherche. Si on reformule ça, ça veut dire que chaque heure d'un commercial déjà en poste coûte beaucoup plus cher à remplacer qu'à retrouver.

— Ce qui rend la fuite de leur temps assez problématique. Et c'est ce qu'on observe dans les trois diagnostics de terrain dont on parlait.

— Ces cas d'observation d'entreprise.

— C'est ça. On a les services industriels, une division technologique et une place de marché entre entreprises. Le constat du temps réduit à vendre, il a été mesuré très concrètement par l'écoute des équipes et leurs journaux de tâches.

— D'accord.

— Pour faire une analogie, les indicateurs qu'on utilise aujourd'hui, c'est comme le compteur kilométrique d'une voiture.

— Comment ça ?

— Ça mesure les kilomètres parcourus, donc les rendez-vous, les envois, mais ça ne dit absolument pas si la voiture a dû faire de longs détours pour arriver à destination.

— Je vois l'idée, mais je m'inscris en faux sur cette analogie. Préparer, coordonner en interne, vérifier, ce n'est pas un détour, c'est le métier. Ce n'est pas un problème.

Retenons une chose de cette première partie. Un indicateur vert dit que le client est content. Il ne dit pas ce que cela a coûté pour qu'il le soit. Le compteur compte les kilomètres. Il ne compte pas les détours. Et le chiffre du tiers, celui que tout le monde cite, ne compte ni l'un ni l'autre. La deuxième partie ouvre ce temps hors client. Qu'est-ce qu'il contient, au juste ? Du métier, ou de la réparation ?

— On arrive sur notre deuxième marche justement : ce que ce fameux temps hors client contient vraiment.

— Pour moi, le service fait la valeur. Dans les métiers techniques, la préparation et le service constituent la relation. Une recherche en gestion montre très bien que la valeur du service dépend du poste. Il n'y a pas de proportion de temps universelle.

— Il n'y a pas de répartition idéale, en somme ?

— Non. Et ce qui ressort de cette étude, c'est qu'un service rendu à moitié, c'est-à-dire demander au vendeur de faire un peu de dépannage mais pas trop, crée plus de confusion pour le commercial que l'absence de service ou un service total.

— Sauf que, si je reviens aux diagnostics de terrain, la réalité est un peu différente. Ce temps hors client ne cache pas un grand service relationnel. Souvent, les commerciaux réparent des erreurs internes.

— Vous parlez d'erreurs logistiques ou administratives ?

— Tout à fait. Des factures fausses, des livraisons erronées, des avoirs à négocier. Les commerciaux ne cachent pas ces problèmes. Ils les réparent activement, par conscience professionnelle.

— C'est vrai que cela arrive.

— Et ça va loin. Les diagnostics montrent que les alertes internes des commerciaux restent ignorées jusqu'à ce que le client se plaigne. Le système force le passage par la crise pour être efficace. Et pour couronner le tout, une migration récente vers un nouveau progiciel a simplement basculé la double saisie et la recherche de codes produits sur le dos des commerciaux. Une saisie qui ne vaut rien.

— Je vous accorde ce constat. Et je pense qu'on peut trouver un compromis ici. Une réparation peut être utile, bien sûr, une fois que l'incident est là.

— Exactement. Échanger une facture fausse contre un avoir en une heure, ça satisfait le client sur le moment.

— Oui. Les indicateurs repassent au vert. Mais on est bien d'accord que la cause de cet incident, elle, était totalement évitable. Le problème de fond reste intact.

— C'est la distinction clé. Une réparation utile après coup, face à une cause qui était évitable.

— Mais là, je dois poser une objection méthodologique stricte.

— Je vous écoute.

— Rien, absolument rien dans les études disponibles ne mesure la part exacte de cette réparation évitable dans le volume global du temps hors vente. Entre la réparation utile, la préparation légitime et ces fameuses erreurs, il est hors de question de bâtir un raisonnement sur une moyenne qui n'existe tout simplement pas. On ne peut pas chiffrer cette part de réparation.

— Dont acte. L'objection est forte et nécessaire.

Gardons la distinction que les deux voix viennent de construire. Une réparation peut être utile. Le client a sa facture corrigée, il est content, l'indicateur repasse au vert. Et la cause de l'erreur, elle, est toujours là. Utile après coup, et évitable avant. Ce sont deux choses différentes, et rien, dans vos tableaux de bord, ne les sépare. La dernière partie part de là. Elle regarde ce qui se passe quand on branche une intelligence artificielle sur une chaîne commerciale sans avoir fait ce tri.

— Ce qui nous mène à la troisième marche de notre réflexion. Ce qui précède l'intelligence artificielle.

— C'est le nœud du problème actuel.

— Oui. Car la question n'est pas de savoir si l'intelligence artificielle fonctionne, mais plutôt à quel endroit très précis on vient la brancher dans cette organisation.

— J'ai un troisième chiffre pour illustrer ça. Une expérience de terrain a montré que le même outil, le même algorithme, pouvait produire deux résultats opposés.

— Le même outil ?

— Oui. Le périmètre, c'est une expérience menée sur cinq ans et demi dans une multinationale pharmaceutique. On a comparé un outil d'intelligence artificielle avec un groupe témoin sans outil.

— Et que donne la reformulation de ce résultat ?

— Lorsque le contexte de travail n'était pas adapté, on parle des procédures, des décisions, de la formation, les vendeurs ont réalisé environ un rendez-vous sur cinq de moins qu'avec l'ancien système.

— Ils ont moins vendu.

— Logiquement. Mais quand le contexte était adapté, ils ont réalisé plus de 40 % de rendez-vous supplémentaires, sans baisse de vente.

— Ah oui ?

— Et le fait marquant, c'est que le contexte qui a fait chuter les résultats était celui que la direction avait formellement recommandé, en le croyant optimal.

— C'est très révélateur des décalages internes.

— Et dans les deux cas, les vendeurs trouvaient l'outil excellent. Donc ce n'est pas l'outil qui a échoué, c'est leur façon de travailler imposée qui a chuté.

— Je précise tout de même ce que cette expérience mesure vraiment. Elle mesure l'impact direct du contexte de déploiement. Elle ne prouve en aucun cas qu'il faille à tout prix réparer les flux avant d'installer de l'intelligence artificielle. C'est une position de management défendable, bien sûr, mais pas une conclusion scientifique de l'étude.

— C'est juste. Ce qui nous amène à comprendre que l'adoption d'un outil n'est pas la valeur de l'outil. Les données d'utilisation trompent souvent l'analyse.

— Oui, on peut avoir beaucoup de connexions sans réel impact métier.

— C'est ça. D'ailleurs, les refus argumentés face à un outil sont des informations précieuses qu'on ne voit pas dans les chiffres. Ce sont des indicateurs. Ils montrent où le flux officiel pensé par la direction a échoué.

— Face à tout ça, il y a des principes de décision concrets à prendre avant l'achat d'une solution technologique. Des principes de management pur.

— Qu'est-ce que vous retenez comme principe, Sam ?

— D'abord, instaurer un standard exigeant pour le transfert des contacts commerciaux. Ensuite, créer un circuit court pour valider les petites offres sans s'enliser.

— Oui, c'est vital pour la vitesse de vente.

— Puis désigner un responsable unique par compte, quelqu'un qui a vraiment priorité sur les alertes internes. Il faut aussi vérifier la conformité d'une facture avant son émission.

— Pour couper la cause évitable à la source ?

— Exactement. Et le dernier principe, le plus important : écouter ceux qui font le travail pour mesurer ce que le système n'enregistre pas.

— On arrive à la fin de cet échange, et je vois qu'on a chacun gardé notre position.

— Complètement. Je reste sur l'idée de l'absorption du temps par les outils et le système.

— Et je maintiens la nature indissociable du temps de service dans l'acte de vente. Cet équilibre restera toujours complexe à trouver.

— Ce sera d'ailleurs le mot de la fin. On va laisser cette question ouverte pour clore notre discussion. Combien d'heures, cette semaine, les commerciaux ont-ils passées à réparer quelque chose dont la cause était évitable ?

Cet épisode vous est proposé par Spentia, qui aide les directions commerciales à voir ce que leurs indicateurs ne montrent pas. La méthode part du terrain. Chaque personne de la chaîne commerciale est écoutée, dans un entretien individuel et confidentiel. Chaque friction est rattachée à sa cause, puis chiffrée. Et la feuille de route qui en sort distingue ce qui se décide sans outil de ce qui mérite une intelligence artificielle. Le lien est dans les notes de l'épisode. Si cet épisode vous a été utile, partagez-le. À bientôt pour un prochain signal.

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