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RGPD et IA : définition et règles pour les données confiées à une IA

Aussi appelé : IA et RGPD, données personnelles et IA, protection des données et IA, mémoire des assistants IA

Par Spentia · Révisé le 26 octobre 2026

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RGPD et IA désigne l’application du règlement général sur la protection des données aux données personnelles que traitent les outils d’IA. Neutre sur le plan technologique, le RGPD vise le prompt d’un salarié, la mémoire d’un assistant et, dans de nombreux cas, le modèle lui-même.

Nous n’avons trouvé aucune définition de référence de l’expression : cette définition est celle de Spentia. Elle s’appuie sur l’article 4 du RGPD (donnée personnelle), son considérant 15 (neutralité technologique) et l’avis 28/2024 du Comité européen de la protection des données.

Que recouvre le RGPD quand votre entreprise utilise l’IA ?

Le RGPD suit chaque donnée personnelle que l’outil d’IA reçoit, garde ou retient. Il la définit comme « toute information se rapportant à une personne physique identifiée ou identifiable », par exemple par son nom (article 4).

  • À l’entrée. Prompts, pièces jointes et documents indexés dans un RAG peuvent contenir des noms ou des dossiers RH. Le principe de minimisation limite les données à « ce qui est nécessaire » à la finalité (article 5).

  • Chez le fournisseur. La conservation ne doit pas dépasser la durée que la finalité exige (article 5). Si le fournisseur peut réutiliser vos données, la CNIL vous demande de décider au cas par cas lesquelles interdire. La fiche shadow AI compare sur ce point offres grand public et entreprise.

  • Dans le modèle. Selon la CNIL, le RGPD s’applique dans de nombreux cas aux modèles entraînés sur des données personnelles, qui peuvent les mémoriser. Les autorités apprécient au cas par cas si un modèle est anonyme (CEPD, avis 28/2024 du 17 décembre 2024). Retirer ensuite une donnée du modèle relève du désapprentissage machine, une technique encore imparfaite.

Mémoire de ChatGPT, fenêtre de contexte, mémorisation : quelle différence ?

La mémoire d’un assistant garde des informations d’une conversation à l’autre. La fenêtre de contexte se limite au texte que le modèle lit pour répondre. La mémorisation désigne ce qu’un modèle retient de ses données d’entraînement.

Selon OpenAI, la mémoire de ChatGPT retient ce que l’utilisateur lui demande et s’appuie sur ses conversations passées. Trois points comptent pour une entreprise :

  • supprimer une conversation n’efface pas la mémoire qu’elle a créée ;

  • une conversation temporaire ne crée pas de mémoire, mais elle peut utiliser la mémoire existante, sauf si l’utilisateur choisit au départ le mode non personnalisé ;

  • dans un espace ChatGPT Enterprise, les propriétaires et les administrateurs règlent la mémoire rôle par rôle.

La mémoire ajoute une conservation : décidez qui l’active, pour quels usages, et comment effacer une information. La CNIL cite le refus de l’enregistrement de l’historique parmi les mesures de sécurité possibles.

Fournisseur d’IA : sous-traitant ou responsable du traitement ?

Le fournisseur agit comme sous-traitant quand il traite vos données pour votre compte. S’il en fixe lui-même les finalités et les moyens, il devient responsable du traitement (article 28). Le contrat de l’article 28 l’oblige à ne traiter les données « que sur instruction documentée » de votre part. Il encadre aussi ses sous-traitants et le sort des données en fin de prestation.

Si les données sortent de l’Union, les règles de transfert s’appliquent (articles 44 et suivants). Vers les États-Unis, la décision d’adéquation du 10 juillet 2023 couvre les entreprises qui participent au Data Privacy Framework. Le Tribunal de l’Union a rejeté le 3 septembre 2025 le recours de Philippe Latombe contre elle. Celui-ci s’est pourvu devant la Cour de justice (C-703/25 P). L’accès des autorités américaines relève notamment du Cloud Act. L’article 32 cite enfin le chiffrement parmi les mesures de sécurité.

AIPD ou analyse d’impact de l’AI Act : quelle différence ?

L’AIPD, ou analyse d’impact relative à la protection des données, évalue les risques d’un traitement pour les personnes (RGPD, article 35). L’analyse d’impact sur les droits fondamentaux de l’AI Act ne vise que certains déployeurs de systèmes à haut risque (article 27).

  • L’AIPD s’impose avant tout traitement susceptible d’engendrer un risque élevé. Selon la CNIL, remplir deux des critères qu’elle énumère suffit en principe à l’exiger. L’apprentissage profond relève de l’un d’eux, l’« usage innovant ».

  • L’analyse d’impact sur les droits fondamentaux vise les organismes publics et les entités privées qui fournissent un service public. Elle vise aussi les déployeurs de systèmes de notation de crédit ou de tarification d’assurance vie et maladie. Elle peut renvoyer à l’AIPD ou en reprendre des parties (article 27, paragraphe 4).

  • Les deux se rejoignent. Le déployeur d’un système à haut risque mène son AIPD avec les informations du fournisseur (article 26, paragraphe 9). Pour l’annexe III, cette règle et l’article 27 s’appliquent à partir du 2 décembre 2027.

Une décision entièrement automatisée qui affecte significativement une personne relève aussi de l’article 22 du RGPD : voir la fiche human in the loop.

Que change le RGPD pour votre décision sur l’IA ?

  • Le contrat compte plus que l’outil. Avant tout usage avec des données personnelles, exigez un contrat conforme à l’article 28. Faites-y figurer la conservation, l’entraînement sur vos données, les sous-traitants et le lieu de traitement.

  • L’AIPD précède le déploiement. L’article 35 l’exige « avant le traitement ». La CNIL recommande d’impliquer dès le début le délégué à la protection des données, le responsable de la sécurité et les métiers.

  • Vous devez vérifier l’origine du modèle. Selon le CEPD, quand un modèle conserve des données personnelles, les autorités devraient examiner si l’entreprise qui le déploie a vérifié la licéité de son développement. Son degré de détail dépend des risques du déploiement.

  • L’omnibus sur l’IA (règlement 2026/1744) ne modifie pas le RGPD. La Commission a proposé le 19 novembre 2025 un autre texte, qui modifie le RGPD, y compris sur l’IA. Au 26 octobre 2026, le Conseil a arrêté sa position (21 octobre 2026), le Parlement européen pas encore.

Quelle question poser avant de confier des données personnelles à une IA ?

À demander

Que deviennent les données personnelles que vos équipes confient à l’IA, et qui en répond ?

Puis :

  • Le fournisseur agit-il comme sous-traitant, et quel contrat le prouve ?

  • Combien de temps garde-t-il les prompts, les fichiers et la mémoire ?

  • Réutilise-t-il vos données pour entraîner ses modèles ?

  • Où traite-t-il les données, et sur quelle base les transfère-t-il hors de l’Union ?

  • Qui a mené l’AIPD, et qu’a-t-elle conclu ?

Sources

  • Règlement (UE) 2016/679 du 27 avril 2016 (RGPD), considérant 15 : EUR-Lex

  • RGPD, chapitre I, articles 2 et 4, texte publié par la CNIL : cnil.fr

  • RGPD, chapitre II, article 5, texte publié par la CNIL : cnil.fr

  • RGPD, chapitre IV, articles 28, 32 et 35, texte publié par la CNIL : cnil.fr

  • RGPD, chapitre V, articles 44 à 46 (transferts), texte publié par la CNIL : cnil.fr

  • CNIL, « Les questions-réponses de la CNIL sur l’utilisation d’un système d’IA générative », 18 juillet 2024 : cnil.fr

  • CNIL, « Comment déployer une IA générative ? La CNIL apporte de premières précisions », 18 juillet 2024 : cnil.fr

  • CNIL, « IA : la CNIL finalise ses recommandations sur le développement des systèmes d’IA et annonce ses futurs travaux », 22 juillet 2025 : cnil.fr

  • CNIL, fiche pratique IA « Réaliser une analyse d’impact si nécessaire », 8 avril 2024 : cnil.fr

  • CEPD (EDPB), avis 28/2024 sur certains aspects de la protection des données liés aux modèles d’IA, adopté le 17 décembre 2024, en anglais : edpb.europa.eu

  • OpenAI, « Memory FAQ », centre d’aide, en anglais, page consultée le 26 octobre 2026 : centre d’aide OpenAI

  • Décision d’exécution (UE) 2023/1795 de la Commission du 10 juillet 2023 (cadre de protection des données UE-États-Unis) : EUR-Lex

  • Commission européenne, « EU-US data transfers », en anglais : Commission européenne

  • Tribunal de l’Union européenne, arrêt du 3 septembre 2025, affaire T-553/23, Latombe contre Commission : EUR-Lex

  • Journal officiel de l’Union européenne, C/2025/6610, affaire C-703/25 P, pourvoi formé le 31 octobre 2025 : EUR-Lex

  • Règlement (UE) 2024/1689, articles 26 et 27 et annexe III, texte consolidé (omnibus numérique sur l’IA compris, selon le site) : AI Act Service Desk

  • Règlement (UE) 2026/1744 du 8 juillet 2026 (train de mesures omnibus numérique sur l’IA) : EUR-Lex

  • Parlement européen, Observatoire législatif, procédure 2025/0360(COD), Digital Omnibus, proposition COM(2025) 837 du 19 novembre 2025, en anglais : Observatoire législatif

  • CNIL, « Omnibus numérique : le CEPD et l’EDPS soutiennent la simplification et la compétitivité tout en soulevant des préoccupations majeures », 12 février 2026 : cnil.fr

  • Conseil de l’Union européenne, « Digital rulebook : Council agrees position to simplify data protection, privacy and cyber reporting rules », communiqué du 21 octobre 2026, en anglais : consilium.europa.eu

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