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Ce guide montre comment rédiger une charte IA à partir des usages de vos équipes, lui donner un statut juridique et la faire vivre. Il ne traite pas de l’accompagnement des équipes dans la durée : le guide conduite du changement couvre ce sujet. Il informe sur le droit en vigueur au 26 octobre 2026 et ne remplace pas l’avis d’un juriste.
À retenir
Une charte copiée d’un modèle générique ignore les usages qui existent déjà dans vos équipes.
Si la charte impose des règles générales et permanentes de discipline, elle suit la procédure du règlement intérieur : avis du CSE, publicité, inspection du travail.
Sans instance pour trancher les cas imprévus, la charte cesse vite de décrire la pratique réelle.
Pourquoi partir des usages réels plutôt que d’un modèle de charte ?
Vos salariés utilisent déjà des outils d’IA, souvent sans l’avoir déclaré : c’est le shadow AI. Une charte qui ignore ces usages ne règle aucun cas réel. Selon le Work Trend Index de Microsoft et LinkedIn (mai 2024, 31 000 personnes, 31 pays), 78 % des utilisateurs d’IA apportent leurs propres outils. L’étude vient de Microsoft, qui vend un assistant d’entreprise.
Commencez donc par un inventaire. Une enquête anonyme et courte demande à chaque équipe ses outils, ses tâches et ses données. Le guide audit IA décrit cette observation du travail réel. L’inventaire vous fournit la matière de la charte : des cas précis, que vous classez en usages autorisés, encadrés ou interdits.
Que doit contenir une charte IA d’entreprise ?
Une charte IA dit quels outils vos équipes peuvent utiliser, avec quelles données, sous quel contrôle et avec quelle information des tiers. La CNIL recommande de définir une liste d’usages autorisés et interdits (18 juillet 2024). Elle cite en exemples l’interdiction de fournir des données personnelles au système et celle de lui confier des décisions.
Couvrez au moins sept sujets :
Outils autorisés : la liste des outils sous contrat d’entreprise, et la règle pour tous les autres.
Données : trois niveaux suffisent, par exemple libres, réservées aux outils d’entreprise, interdites. L’ANSSI recommande de proscrire les outils d’IA générative en ligne pour tout usage professionnel qui implique des données sensibles (recommandation R34, avril 2024).
Contrôle humain : qui relit quoi avant usage, et qui répond du résultat. La fiche human in the loop précise ce que recouvre ce contrôle.
Transparence : quand informer un client ou un partenaire. L’article 50 de l’AI Act oblige le déployeur à signaler un hypertrucage. Il vise aussi un texte publié pour informer le public sur des questions d’intérêt public. Cette obligation ne s’applique pas après une relecture humaine ou un contrôle éditorial, si une personne physique ou morale assume la responsabilité éditoriale de la publication.
Contenus produits : qui peut les réutiliser, et comment les vérifier.
Sécurité : les accès des assistants à la messagerie ou aux dossiers partagés. L’ANSSI recommande une revue régulière de ces droits (R35). Un document piégé peut aussi détourner un assistant : l’OWASP décrit cette prompt injection indirecte.
Formation : ce que chaque salarié doit savoir avant d’utiliser un outil.
Quel statut donner à la charte IA en droit du travail ?
Une charte qui impose des règles générales et permanentes de discipline, de santé ou de sécurité au travail devient une adjonction au règlement intérieur. Sans règlement intérieur, elle suit le même régime (article L1321-5). Toute entreprise ou tout établissement d’au moins 50 salariés doit avoir un règlement intérieur, douze mois après le passage du seuil (article L1311-2). Ce règlement fixe notamment les règles de discipline et l’échelle des sanctions (article L1321-1).
Une charte de ce type suit donc la même procédure :
vous recueillez l’avis du CSE avant de l’introduire (article L1321-4) ;
vous la portez par tout moyen à la connaissance des salariés (article R1321-1) ;
au même moment, vous la communiquez à l’inspecteur du travail avec l’avis du CSE ;
elle entre en vigueur un mois au moins après ces formalités de publicité.
Depuis le 28 mai 2026, la loi de simplification de la vie économique a supprimé le dépôt au greffe du conseil de prud’hommes (article L1321-4). L’article R1321-2 le mentionne encore, dans l’attente d’un décret.
L’inspecteur du travail peut exiger à tout moment le retrait ou la modification d’une clause irrégulière (article L1322-1). Certaines interdictions restreignent un droit ou une liberté des salariés. Chacune doit alors rester justifiée par la nature de la tâche et proportionnée au but recherché (articles L1121-1 et L1321-3). Une note qui se limite à informer et à recommander échappe à ce régime. Faites valider le statut retenu par votre juriste avant la consultation.
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Que demande l’AI Act à propos de la charte ?
L’AI Act n’impose pas de charte, mais son article 4 porte sur la maîtrise de l’IA par le personnel des fournisseurs et des déployeurs. Cet article s’applique depuis le 2 février 2025 (article 113). Le règlement (UE) 2026/1744 du 8 juillet 2026, dit « Digital Omnibus », l’a réécrit. Depuis le 27 juillet 2026, les déployeurs « prennent des mesures pour favoriser le développement de la maîtrise de l’IA », sans niveau imposé à chaque personne.
La charte donne un contenu à ces mesures : des règles connues de tous, puis des formations ciblées sur les usages relevés. La fiche maîtrise de l’IA détaille cette notion. L’inventaire repère aussi les usages que l’AI Act classe à haut risque, comme le tri de candidatures (annexe III, point 4).
Qui tranche les cas que la charte n’a pas prévus ?
Une instance nommée dans la charte tranche les cas imprévus, dans un délai connu de tous. Sans elle, chaque salarié décide seul. La CNIL recommande d’associer dès le départ le délégué à la protection des données, le DSI, le RSSI et les métiers. Ajoutez les ressources humaines, qui portent le lien avec le CSE.
Donnez-lui une adresse unique pour les questions, un registre des décisions ouvert à tous et une date de révision. La fiche gouvernance de l’IA décrit les rôles possibles. Révisez la charte au moins une fois par an, et à chaque arrivée d’un outil important. Si la charte suit le régime du règlement intérieur, chaque modification repasse par la même procédure (article L1321-4). Une liste des outils autorisés tenue dans un document à part relève aussi de l’article L1321-5 si elle impose des obligations générales et permanentes.
À quoi ressemble un plan type de charte IA ?
Un plan type tient en dix rubriques. Ce plan est une proposition Spentia, sans statistique de réussite ni portefeuille client revendiqué :
Objet, périmètre et personnes concernées.
Outils autorisés et règle pour les autres outils.
Niveaux de données et données interdites.
Contrôle humain et responsabilité de l’auteur.
Information des clients et des partenaires.
Réutilisation et vérification des contenus produits.
Sécurité des accès et signalement des incidents.
Formation exigée avant usage.
Instance, adresse de contact et registre des décisions.
Date d’entrée en vigueur et date de révision.
Exercice fictif. Une ETI industrielle de 1 200 salariés a mené son inventaire. Voici quatre usages relevés et la règle qu’elle retient.
Usage relevé | Risque principal | Règle retenue |
|---|---|---|
Traduction de fiches produits avec un compte personnel | Données hors contrat d’entreprise | Autorisée, sur l’outil d’entreprise seulement |
Résumé de contrats fournisseurs | Données confidentielles | Autorisé sur l’outil d’entreprise, avec relecture du juriste |
Brouillons de réponses aux clients | Erreur transmise au client | Autorisés, avec relecture humaine avant envoi |
Tri automatique de candidatures | Usage à haut risque (AI Act, annexe III, point 4) | Suspendu jusqu’à l’analyse de conformité |
Foire aux questions
Une charte IA est-elle obligatoire en entreprise ?
Une charte IA est-elle obligatoire en entreprise ?
Aucun des textes cités dans ce guide n’impose de charte IA. L’article 4 de l’AI Act impose en revanche des mesures de maîtrise de l’IA depuis le 2 février 2025. Depuis le 27 juillet 2026, il demande de favoriser cette maîtrise par le personnel. Une charte rend ces mesures visibles et vérifiables.
Faut-il consulter le CSE sur une charte IA ?
Faut-il consulter le CSE sur une charte IA ?
Oui, si la charte impose des règles générales et permanentes de discipline, de santé ou de sécurité au travail. Elle suit alors le régime du règlement intérieur et requiert l’avis du CSE. Le déploiement des outils eux-mêmes peut aussi exiger une consultation au titre de l’introduction de nouvelles technologies (article L2312-8).
Peut-on interdire l’IA générative aux salariés ?
Peut-on interdire l’IA générative aux salariés ?
Oui. Si l’interdiction restreint un droit ou une liberté, elle doit rester justifiée par la nature des tâches et proportionnée au but recherché (article L1121-1). Une interdiction sans outil de remplacement pousse les usages vers des comptes personnels : proposez d’abord un outil validé.
Peut-on partir d’un modèle de charte IA ?
Peut-on partir d’un modèle de charte IA ?
Un modèle aide à vérifier que vous n’oubliez aucune rubrique. Il ne dit rien de vos usages, de vos données ni de vos métiers. Utilisez-le comme liste de contrôle après l’inventaire, pas comme point de départ.
Sources
Code du travail, articles L1311-2, L1321-1, L1321-3, L1321-4 (rédaction en vigueur depuis le 28 mai 2026), L1321-5, R1321-1, R1321-2 et L1322-1 : obligation, contenu, limites, procédure et contrôle du règlement intérieur et de ses adjonctions. Base de la section sur le statut de la charte. : Code du travail numérique
Service-public.fr (Entreprendre), actualité du 27 mai 2026 sur la loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 de simplification de la vie économique : suppression du dépôt du règlement intérieur au greffe. : Service-public.fr
Code du travail, article L1121-1 : restrictions aux libertés justifiées et proportionnées. Base de la règle de proportionnalité. : Code du travail numérique
Code du travail, article L2312-8 : consultation du CSE sur l’introduction de nouvelles technologies. Cité dans la FAQ. : Code du travail numérique
Règlement (UE) 2026/1744 du 8 juillet 2026 (Digital Omnibus sur l’IA), JO du 24 juillet 2026 : nouvelle rédaction de l’article 4 de l’AI Act sur la maîtrise de l’IA. : EUR-Lex
AI Act, texte consolidé au 27 juillet 2026, article 113 : application des chapitres I et II depuis le 2 février 2025. : AI Act Service Desk
AI Act, texte consolidé au 27 juillet 2026, article 50 : obligations de transparence des déployeurs (hypertrucages, textes d’information du public). : AI Act Service Desk
AI Act, annexe III, point 4 : systèmes de recrutement et de sélection, dont le filtrage des candidatures, classés à haut risque. Utilisé dans l’exercice fictif. : AI Act Service Desk
CNIL, « Comment déployer une IA générative ? La CNIL apporte de premières précisions », 18 juillet 2024 : liste d’usages autorisés et interdits, pas de données personnelles, pas de décision confiée au système, acteurs à associer. : CNIL
ANSSI, Recommandations de sécurité pour un système d’IA générative (ANSSI-PA-102), 29 avril 2024 : recommandations R34 (données sensibles et outils en ligne) et R35 (revue des droits des outils sur les applications métier). : ANSSI
OWASP, LLM01:2025 Prompt Injection : définition de l’injection indirecte par des contenus externes. : OWASP GenAI
Microsoft et LinkedIn, 2024 Work Trend Index, 8 mai 2024 : enquête auprès de 31 000 personnes dans 31 pays, 78 % des utilisateurs d’IA apportent leurs propres outils. Acteur intéressé. : Microsoft
Le plan type et l’exercice fictif sont une construction méthodologique Spentia, sans statistique de réussite ni portefeuille client revendiqué.


